SÉANCE D’INTERPELLATION

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Dans son mécanisme de contrôle de l’action gouvernementale, l’Assemblée Nationale, au regard de la recrudescence de violence qui a gagné plusieurs villes de Province, a été appelée à interpeller le Gouvernement, ce mercredi 21 novembre 2018, Gouvernement conduit par le Premier Ministre, Chef du Gouvernement, Monsieur Simplice Mathieu SARANDJI.

L’exercice s’est voulu démocratique et a visé à éclairer les Elus de la Nation sur les récents événements survenus à Alindao, Batangafo et autres où, en l’absence des Forces de Défense et de Sécurité, les populations se sont vues livrées à elles-mêmes, à la merci des bandes armés qui les tuent, pillent et incendient les habitations.

Il s’est agit aussi pour ces Députés d’être attentifs aux explications fournies, le cas échéant, de prendre les mesures qui s’imposent afin de préserver la vie de leurs concitoyens de l’arrière pays, concitoyens qui ont payé le lourd tribut des affres de la guerre.


Ainsi, pour le Président de l’Assemblée Nationale, l’Honorable Laurent NGON-BABA, l’ordre du jour a appelé l’interpellation du Gouvernement sur la situation sécuritaire du pays et la prorogation du mandat de la MINUSCA.

Après avoir adressé ses félicitations et remerciements au Premier Ministre qui a accepté répondre aux sollicitations de l’Assemblée Nationale, l’Honorable NGON-BABA a prié l’assistance à observer une Minute de silence en mémoire des victimes de ces dernières violences.

Puis, il a donné la parole au Premier Secrétaire parlementaire, l’Honorable Bernard DILLAH, pour la lecture de l’exposé de l’interpellation. Il s’est exprimé en ces termes: « Monsieur le Premier Ministre, Chef du Gouvernement, aux termes de l’article 89 de la Constitution du 30 Mars 2016, l’interpellation est l’un des moyens d’information, de contrôle et d’action de l’Assemblée Nationale sur le Gouvernement. A ce titre, l’Assemblée Nationale procède aujourd’hui et conformément à l’article 89-6 de la Loi organique N°17.011 du 14 Mars 2017 portant Règlement Intérieur de l’Assemblée Nationale à l’interpellation du Gouvernement pour des motifs ci-après. En effet, après la déclaration des Elus de la Nation du samedi 17 Novembre 2018, relative aux événements d’Alindao, la Représentation Nationale, profondément préoccupée par l’assassinat de plusieurs compatriotes, suite à la recrudescence des conflits armés et la prorogation technique du mandat de la MINUSCA interpelle votre Excellence avec les questions suivantes en espérant que vous voudriez bien apporter des informations fiables pouvant éclairer les Députés de la Nation et le peuple.

  1. Dans l’arrière pays, les attaques et les exactions des groupes armés ont repris de plus bel en dépit de leur adhésion à l’Initiative africaine pour la paix. A titre d’illustration, ces groupes armés ont fait usage de la politique de la terre brûlée successivement dans les sous-préfectures de Batangafo, Mbrès, Bambari et dans certaines localités de la Nana-Mambéré et Alindao où il a été signalé plusieurs cas d’assassinat dont trois de chefs religieux. Comment en est-t-on arrivé là ? Quelles sont les mesures de protection de la population civile qui sont envisagées dorénavant ?
  2. Le peuple centrafricain aspirant à la paix et au développement économique et social fonde son espoir de retour définitif à la paix sur le dialogue politique. Quel est l’état d’avancement de ce dialogue politique à travers l’initiative de paix de l’Union Africaine ?
  3. Le Conseil de Sécurité des Nations-Unies vient de décider de proroger d’un mois seulement, le mandat de la MINUSCA en Centrafrique. Quelle lecture le Gouvernement fait-il de cette décision ?
  4. Les Elus de la Nation aimeraient avoir une visibilité sur les opérations de livraison d’armes aux Forces Armées Centrafricaines suite à leur formation par l’EUTM et la Russie ?
  5. Lors de son dernier passage en Centrafrique, Monsieur Le DRIAN, Ministre Français des Affaires Etrangères a annoncé un appui militaire aux FACA. A quand cet appui ?”

Reprenant la parole, l’Honorable Laurent NGON-BABA a invité le Premier Ministre à y apporter les éléments de réponse.

Ainsi, tout en compatissant aux décès de l’Honorable Nadia BEA et de la Secrétaire Générale de l’Assemblée Nationale, Madame Eugénie YARAFA, le Premier Ministre SARANDJI a indiqué que l’heure est grave et a accusé ceux qui ne veulent pas voir le peuple centrafricain arriver au bout du tunnel, peuple centrafricain pourtant membre de la Communauté Internationale. Pour le Premier Ministre, il y a péril en la demeure et il a appelé à la solidarité nationale, au sursaut patriotique car, trop c’est trop.


Aussi, sur demande du Premier Ministre, deux membres du Gouvernement se sont relayés à la tribune de l’Assemblée Nationale pour apporter des éléments de réponse aux préoccupations exprimées par les Elus du peuple.

C’est dans ce contexte que le Ministre des Affaires Etrangères, Son Excellence Charles Armel DOUBANE, a donné des éclaircissements sur la prorogation technique du 15 novembre au 15 décembre du mandat de la MINUSCA et le Comité de sanctions des Nations-Unies.

Sur le premier point, le Ministre DOUBANE a déclaré ce qui suit : « Chaque année au mois d’octobre et novembre, un rapport du Secrétaire Général est présenté devant le Conseil de Sécurité de l’ONU pour demander la prorogation du mandat de la MINUSCA en Centrafrique ».

Puis, il a ajouté que : « Arrivé à échéance, il était normal que cet exercice se fasse au Conseil de Sécurité. C’est ce qui a été fait dans l’attente des décisions et c’est une situation purement technique ».

Sur le Comité de sanctions, le membre du Gouvernement a relevé qu’au niveau de la RCA, il existe trois ordres de sanction : armes et matériels létaux destinés à l’armée ; l’embargo économique et l’interdiction pour certaines catégories de personnes de voyager ». Par ailleurs, il a précisé que : « Le Comité de sanction en mission dévaluation en Centrafrique a produit un rapport qui est en cours de validation ».

Dans son laïus, la Ministre de la Défense Nationale, Madame Marie Noëlle KOYARA a relaté ceci : « Comprenez la peine que nous ressentons au niveau du Gouvernement par rapport à la situation sécuritaire que notre pays connait en ce moment. Je dis que nous avons de la peine parce que le Gouvernement n’est pas resté les bras croisés pour laisser nos frères et sœurs perdre leur vie. C’est parce que, nous n’avons pas toutes nos capacités
Nous avons répondu à toutes les conditions mais nous ne comprenons pas pourquoi, il y a blocage » a-t-elle souligné au sujet de la livraison de la seconde tranche d’armes livrées par la Russie dont trois pays opposent leur veto.

Il est à noter qu’à propos de la célébration de la Journée Mondiale de l’Alimentation du 16 octobre qui devrait avoir lieu à Bambari mais reportée à plusieurs reprises, le Ministre de l’Agriculture, Monsieur Honoré FEIZOURE s’en est expliqué.

Le Président de l’Assemblée Nationale, l’Honorable Laurent NGON-BABA a quant à lui relevé ce qui suit : « Pour ce qui est du problème de l’armement des FACA, du côté du Gouvernement, quand bien même des efforts sont consentis, son attente est de voir la levée totale de l’embargo. Il a exhorté le Gouvernement à poursuivre ces efforts ». « Il y a de la place pour tout le monde. Nous avons besoin de la Communauté Internationale dans sa diversité pour le développement de la RCA » a-t-il conclu.


Au micro de la Presse parlementaire et nationale, le Premier Ministre SARANDJI a déclaré : « L’Assemblée Nationale est dans ses droits d’interpeller le Gouvernement pour évaluer les actions qu’il mène. C’est vrai que j’ai été outré, épris de sentiment de paix suite aux derniers incidents qui se sont produits à Alindao où l’on a enregistré une quarantaine de décès ».

Puis d’ajouter que : « C’est fort de cela que l’Assemblée Nationale a demandé au Gouvernement de venir apporter des éclairages sur la situation qui prévaut dans notre pays. J’ai profité de la tribune de l’Assemblée Nationale pour interpeller la Communauté Internationale en lui disant qu’alors que nos Forces de Défense et de Sécurité sont placées sous embargo à n’en point douté, nous constatons que les rebelles ne cessent de se surarmer et que ce sont ces forces rebelles là qui profanent les édifices cultuels et au grand dam de la population ».

En poursuivant, il a fait observer que : « Le Président de la République, Chef de l’Etat, Son Excellence Professeur Faustin Archange TOUADERA se bat nuit et jour pour que les éléments de sécurité, nos Forces de défense formées soient aussi dotées, soient aussi équipées afin qu’elles puissent être proches de nos populations pour les protéger ».