CRI D’ALARME DES DÉPUTÉS, REPRÉSENTANTS DU PEUPLE A L’ADRESSE DES MEMBRES DU CONSEIL DE SÉCURITÉ ET DU COMITÉ DES SANCTIONS DES NATIONS UNIES

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Ce jour, vendredi 23 novembre 2018, l’Hémicycle de l’Assemblée Nationale a été consacré à une séance peu ordinaire.

En effet, les Elus de la Nation, regroupé autour du Président de l’Assemblée Nationale, l’Honorable Laurent NGON BABA ont reçu le Corps diplomatique et Consulaire , les Représentants des Organisations Internationales pour leur délivrer une communication importante au nom du peuple, dans ce contexte où des violences ont été perpétrées sur les populations de l’arrière pays.

Ci-dessous ladite Communication.

Depuis plus de deux décennies, la République Centrafricaine vit une série de crises armées aux conséquences particulièrement graves.

Durant les cinq dernières années, la situation est devenue à la fois tragique et insupportable du fait de l’occupation d’environ deux tiers du territoire national par les groupes armés et des agressions répétées ; tueries, destructions des villages par incendie, graves violations des droits de l’homme, etc.

Hier, avec la MISCA et l’opération SANGARIS, il y a eu une temporisation des agressions. Malheureusement, avec le retrait des éléments de la SANGARIS, la population s’est sentie abandonnée à elle-même et la situation s’est davantage aggravée.

Or, pendant que les Forces Armées Centrafricaines (FACA) subissent l’implacable régime de sanctions imposées par le Conseil de Sécurité des Nations Unies, les groupes armés ne cessent de s’approvisionner en armes et munitions venant de certains pays limitrophes, augmentant de facto leurs capacités de nuisance. Cette situation crée bien entendu un profond déséquilibre en défaveur des FACA dont le rôle premier, consacré par les dispositions constitutionnelles, est la défense du territoire national et la protection des populations.

Cependant, nous nous réjouissons de la présence de la MINUSCA même si elle rencontre, conjoncturellement, certaines difficultés liées à son sous effectif et à l’indifférence de certains contingents face aux agressions de la population. Nous partageons évidemment les douleurs des familles de ceux qui ont perdu leurs vies au service des Nations Unies pour la protection de la population centrafricaine.

Comment, démunies, les FACA peuvent-elles efficacement remplir ce rôle ?

Comment, démunies, les FACA peuvent-elles se défendre contre les agressions d’où qu’elles viennent ?

Autant nous nous réjouissons de la décision de la Fédération de Russie, sur autorisation du Conseil de Sécurité, de fournir les armes et munitions aux FACA ; autant nous déplorons le fait que certains membres permanents du Conseil de Sécurité, imposent des exigences à la fourniture des armes et munitions par quelques pays amis, notamment la Fédération de Russie sur la deuxième livraison d’armes et la République Populaire de Chine.

Autant nous nous réjouissons de la formation de certains éléments des FACA par EUTM et la Fédération de Russie d’une part, et d’autre part, celle des éléments de la Gendarmerie et de la Police (FSI) avec l’appui de la MINUSCA, autant nous déplorons le fait que ces éléments (FACA et FSI) ne peuvent mettre en pratique les enseignements reçus faute des moyens adéquats.

Nous, Députés, Représentants du Peuple, sommes conscients qu’une armée sans armes est totalement livrée à toutes sortes d’attaques et d’exactions de la part de ceux qui sont en face d’elle.

Aujourd’hui, confrontées aux conséquences de l’embargo, les FACA ne peuvent convenablement remplir leurs missions et, de ce fait, perdent toute crédibilité devant la Nation et, surtout, devant le peuple.

Par ailleurs, la République Centrafricaine affiche en ce moment le visage d’un pays politiquement instable engendré par l’insécurité plus ou moins généralisée dans l’arrière pays, et même dans certains secteurs de la capitale.

La République Centrafricaine est devenue un pays économiquement faible du fait de l’occupation d’une bonne partie du territoire empêchant ainsi les services techniques de l’Etat de mobiliser les ressources devant lui permettre de faire efficacement face à ses dépenses régaliennes .

Malgré tous les efforts déployés par la Communauté Internationale à travers la MINUSCA, la République Centrafricaine est un pays devenu socialement démuni et psychologiquement affecté du fait de la terreur qui règne dans plusieurs parties du territoire.

Les derniers événements malheureux survenus à Batangafo, Bambari et surtout à Alindao où il y a eu un carnage d’au moins une centaine (100) de personnes se trouvant sur le site des déplacés à l’Evêché prouvent à suffisance certaines limites de la MINUSCA.

Nous, Députés, Représentants du Peuple, sommes convaincus que la présence des FACA, munies de leurs outils de travail, sur toute l’étendue du territoire, est un gage de sécurité pour les populations civiles, une assurance pour les services décentralisés de l’Etat et un facteur important contribuant au développement économique et social du pays.

En conséquence, Nous, Députés, Représentants du Peuple, lançons un CRI D’ALARME à tous les membres du Conseil de Sécurité en général, aux cinq membres permanents en particulier, et au Comité des sanctions des Nations Unies pour :

  1. La levée totale de l’embargo sur les armes et munitions pour permettre aux FACA d’être déployées, conjointement avec la MINUSCA, sur toute l’étendue du territoire afin de mieux assurer la protection de la population civile meurtrie.
  2. Le renouvellement sans conditions du mandat de la MINUSCA et son implication effective dans la protection de la population conformément aux dispositions pertinentes du chapitre 7 de la Charte des Nations Unies.
  3. L’appui à l’Initiative Africaine (Union Africaine) pour la paix et la réconciliation en République Centrafricaine.

Fait à Bangui, le 23 novembre 2018

POUR LES DÉPUTES, REPRÉSENTANTS DU PEUPLE
Le Président de l’Assemblée Nationale
Laurent NGON-BABA